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Peertube : https://tube.kher.nl/video-channels/mangayoh_channel/videos
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La vidéo sur Peertube et Youtube :

– “La zététique se définit comme l’art du doute, et est souvent utilisée pour désigner le scepticisme et l’approche scientifique en général. Sur internet, elle est rattachée aux communautés sceptiques qui font la promotion de l’esprit critique et d’une certaine rigueur méthodologique. Culturellement, le mouvement zététique a beaucoup étudié les phénomènes paranormaux tels la télékinésie ou la voyance”.

 Salut, et bienvenue dans cette vidéo où l’on va tenter d’étudier scientifiquement la question des chakras.

C’est quoi les chakras ? Le terme est issu de l’hindouisme et désigne en gros des centres d’énergie en mouvement permanent dans notre corps (mouvement sur eux-mêmes, pas d’un endroit à l’autre).

L’idée générale est que des chakras bien ouverts et alignés procurent un sentiment d’harmonie, mais que les événements négatifs de la vie vont refermer ces chakras, ce qui peut avoir des conséquences néfastes.

Il est généralement répertorié 7 chakras principaux le long de la colonne vertébrale : qui sont chacun associés à des couleurs, et qui se manifestent par une aura colorée autour des personnes. Certaines personnes disent avoir la faculté de percevoir ces auras, et en les observant, on pourrait alors pouvoir déduire différentes informations sur ces personnes.

Selon les connaissances scientifiques actuelles, l’existence des chakras n’est pas avérée. Mais c’est justement le principe de la science que de mettre à l’épreuve nos croyances pour potentiellement changer d’avis, et non pas conforter les croyances qu’on a déjà.

Si l’on a envie de savoir si oui ou non les chakras existent, il faut d’abord bien étudier le sujet puis se faire un avis en fonction des données qu’on a trouvées, à l’inverse d’un raisonnement dogmatique qui serait de d’abord avoir son avis sur le sujet, et de chercher ensuite à confirmer cet avis et d’éviter de le remettre en question.

Et ce que je viens de dire là, ça marche aussi bien pour l’avis que « non les chakras ça n’existe pas » que pour l’avis de « oui c’est sûr que ça existe ». On va alors commencer par suspendre notre jugement ; c’est-à-dire que vous, moi et tout le monde, on a sûrement déjà une petite idée sur le sujet, mais on va essayer de la mettre de côté pour être prêts à changer d’avis. Voilà, je reprends des choses que j’avais évoquées dans la précédente vidéo.

Donc si vous pensez plutôt que les chakras n’existent pas, vous pouvez vous dire que « peut-être qu’en fait ils existent et que juste vous n’êtes pas au courant », et à l’inverse, si vous êtes certains que les chakras existent, vous pouvez vous dire que « peut-être que les raisons que vous avez d’y croire n’étaient pas suffisantes et qu’il y a d’autres choses qui peuvent expliquer ce qui vous faisait y croire ».

Avant de parler du protocole, je peux déjà évoquer les biais personnels que j’ai sur le sujet. C’est important parce qu’une bonne expérience doit limiter ces biais, il ne faut pas que ma croyance ou non dans l’existence des chakras influence les résultats.

Déjà on peut parler des conflits d’intérêts : là c’est simple, je n’en ai pas, je ne suis pas payé par qui que ce soit pour faire cette expérience et je n’ai de compte à rendre à personne.

Et sur les biais, je pense que j’en ai principalement deux : d’une part, j’aime beaucoup le concept des chakras, et c’est un sujet qui m’intéresse notamment depuis que j’ai vu la série Avatar qui se base beaucoup sur différents éléments des cultures asiatiques dont le concept des chakras (avec le fameux personnage du gourou Pathik). Et donc je suis assez enthousiaste à l’idée que les chakras puissent vraiment exister.

Et mon autre biais c’est que j’ai une position philosophique matérialiste, dans le sens où je ne pense pas qu’il existe autre chose que de la matière (Par abus de langage, je parle de matière au sens large, en incluant la lumière, etc.) et que l’on n’a pas besoin de faire appel à des énergies ou autres concepts spirituels pour expliquer le monde. Et de mon parcours en psychologie sociale, j’ai tendance à expliquer les croyances dans le spirituel ou le paranormal, par des mécanismes psychologiques et sociologiques, plutôt que par de réelles existences de ces phénomènes.

Donc voilà pour mes biais personnels, j’espère que ça n’orientera pas les résultats. En tout cas au moins vous les connaissez, et si vous voyez que ces biais ou d’autres influent sur les conclusions que je vais en tirer, n’hésitez pas à me le dire en commentaire pour que je m’en rende compte.

LE PROTOCOLE EXPÉRIMENTAL

Il y a déjà pas mal d’années que je voulais faire cette expérience, mais à l’époque ça n’avait pas pu se faire, pour diverses raisons. Donc je suis très content d’avoir pu la mettre en place cette fois-ci, d’autant que maintenant, j’ai une chaîne sur youtube et sur peertube pour en parler, donc ça donne une bonne occasion de vous montrer cette expérience, mais aussi de parler de méthodologie, de comment mettre un protocole permettant de tester une question qu’on peut avoir sur un certain sujet, etc.

Parmi les personnes qui nous disent voir les chakras, il y en a certaines qui disent pouvoir décrire des personnes en observant leurs chakras (ou plutôt leurs auras, et ce même au travers de photos, on peut donc demander à des personnes qui nous disent avoir cette capacité à voir les chakras de faire des descriptions de personnes, et voir si ces descriptions sont correctes.

Pour réaliser cette expérience, il nous faut des personnes qui disent voir les chakras, qui acceptent de se prêter au jeu et acceptent les conditions de l’expérience. Pour trouver ces personnes, j’ai posté un message sur différents groupes facebook de spiritualité, chakra, etc. pour expliquer l’expérience et demander s’il y avait des personnes intéressées pour participer.

J’ai eu peu de réponses à mes différents posts, alors pour avoir plus de monde, j’ai directement téléphoné à des personnes dont j’ai trouvé les numéros sur internet : des maîtres Reiki, médiums, magnétiseurs, énergéticiens, etc.

Quand on fait une étude scientifique, on doit veiller à minimiser les biais méthodologiques qui vont influencer les résultats. Dans ce genre d’étude où l’on demande des descriptions d’individus, un énorme biais, c’est l’effet Barnum. L’effet Barnum, c’est un biais psychologique qui nous amène à nous reconnaître personnellement dans des descriptions assez vagues, assez générales et plutôt positives, du genre ça (Forer, 1948) :

“Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant ; et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Vous avez trouvé qu’il était maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moments vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti, circonspect et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes”.

Dans les expériences de psychologie sur cet effet, les gens disent que les descriptions qu’on leur donne leur correspondent bien, et même qu’elles sont spécifiques à eux, alors qu’en fait, on a donné la même description à chaque participant.

Du coup en prenant en compte cet effet, on voit bien qu’on ne peut pas simplement faire des descriptions des personnes et leur proposer, car ils pourraient tous dire que la description leur correspond alors qu’on aurait donné la même à chaque participant.

Pour contrer ce biais de l’effet Barnum, on va mettre en place un protocole qui m’a été suggéré par Christophe Michel de la chaîne Hygiène Mentale, donc merci à lui et je vous conseille encore d’aller voir son travail parce que c’est vraiment génial.

Ce protocole, il l’avait déjà utilisé pour faire des expériences avec des astrologues. Les astrologues disent pouvoir décrire des personnes juste avec leur date de naissance et leur prénom, on peut donc confronter ces personnes à la description que les astrologues font d’elles pour voir si ça correspond. Mais si on ne prend pas en compte l’effet barnum, on peut donner une description vague à chaque personne et elles risquent de dire que « oui oui la description leur correspond » même si ce n’est pas le cas.

Pour tester les facultés des astrologues, il faut alors leur demander de faire une description de chaque personne, et de les envoyer non pas uniquement à la personne concernée pour qu’elle dise si oui ou non la description lui correspond, ce qui pourrait être biaisé par l’effet barnum, mais de les envoyer à chaque personne, pour qu’elles trouvent chacune leur description parmi toutes les autres. Bon avec les astrologues, dès lors qu’on limite cet effet barnum, les résultats ne sont pas très concluants.

Du coup, dans notre expérience des chakras, puisque les descriptions se font au travers de photos, on va demander à un certain nombre de personnes de se prendre en photo, comme ça (ci-dessous), et l’on va demander à nos participants disant voir les chakras de faire des descriptions des personnes photographiées. On proposera ensuite toutes ces descriptions à chacune des personnes pour qu’elles retrouvent la description qui leur correspond.

Avec cette méthode, on a un moyen de vérifier si les descriptions correspondent ou non aux personnes photographiées, mais à partir de combien de réussites on va considérer que le résultat est suffisamment élevé pour qu’on l’attribue à une capacité particulière, et non pas à du simple hasard ou déduction sur le physique ?

Ce qu’on va faire, c’est comparer les résultats du groupe chakra avec ce qu’on appelle un groupe contrôle, c’est-à-dire un groupe de personnes ne prétendant pas avoir de faculté particulière. Pour que les résultats du groupe chakra soient impressionnants, il faut qu’ils arrivent à obtenir des meilleurs résultats que le groupe contrôle.

Bon, précisons déjà une des limites du protocole, l’expérience va surtout tester la capacité de cette personne à en décrire d’autres, ce qui fait que si elle réussit, rien ne permet d’affirmer que c’est vraiment dû aux chakras, ça peut être dû à autres choses, mais ça laisse au moins penser qu’il y a quelque chose d’intrigant à creuser. Et de même, si l’expérience n’est pas concluante, ça ne veut pas dire que les chakras n’existent pas, mais ça nous montrera qu’il est possible que des personnes pensent avoir la capacité de décrire des personnes sans faire réellement mieux que des gens sans prétentions…

Voilà pour le protocole, et avant de passer aux résultats, je précise que je l’ai tourné avant d’avoir réalisé l’expérience, donc je ne sais pas encore ce que ça va donner, donc je suis assez enthousiaste de voir ça, et je reprendrai le tournage une fois les résultats étudiés.

PARTIE 2 – PROBLÉMATIQUE ET HYPOTHESE

Salut, nous revoilà quelque temps plus tard, l’expérience est en cours, bon finalement je vais tourner en 3 parties, et pour cette deuxième partie, on va parler de méthodologie.

Concernant nos participants disant voir les chakras, nous avons une personne…
Bon… c’est pas beaucoup, et à la base je m’attendais à avoir plus de monde, mais bon c’est déjà ça, au moins on peut faire l’expérience. Et j’en suis déjà très content, donc vraiment un grand merci à cette personne, c’est très chouette de sa part.

On a donc deux groupes, le groupe chakra et le groupe contrôle, constitués chacun d’un participant. Et chacun de ces participants va décrire les 10 photos.

Maintenant on va formuler nos hypothèses, ce à quoi on s’attend. Bon normalement j’aurais dû en parler dans la première partie : les hypothèses on les fait avant de faire l’expérience.
Donc je n’ai pas tout fait dans l’ordre : l’ordre habituel dans un article scientifique, c’est de faire d’abord le cadre théorique, avec une revue de la littérature, où l’on résume ce qui a déjà été dit dans les différentes études sur le sujet, ce que je n’ai pas fait ici, ensuite il y a la partie problématique et hypothèse, qu’on va voir de suite, puis la méthodologie, et enfin les résultats, on y reviendra dans la troisième partie.

Dans notre étude, on a deux groupes : le groupe chakra et le groupe contrôle. Et le fait d’appartenir à l’un de ces deux groupes, on appelle ça la variable indépendante, qu’on abrège en VI (Variable indépendante (VI) : Groupe Chakra ou Groupe Contrôle). On appelle cette variable ainsi car elle elle est déterminée avant l’expérience, et elle ne dépendra pas des autres variables.
Et ensuite, ce qu’on mesure dans l’expérience, c’est la variable dépendante, qu’on abrège en VD. Une variable dépendante est une variable qui peut être influencée par d’autres variables, c’est justement ça qu’on mesure. Ici, la variable dépendante c’est le taux de réussite (Variable dépendante (VD) : Taux de réussite /10), donc le nombre de gens qui ont reconnu la description qui leur correspond.

Pour retenir ça : dites-vous que la VD, la variable dépendante, est comme son nom l’indique dépendante, de la variable indépendante, la VI. Dans un cadre expérimental, on fonctionne toujours comme ça : on regarde si la VD est différente suivant les différentes conditions de la VI. Donc ici, on regarde si la VD (le taux de réussite) diffère suivant le groupe Chakra, ou le groupe contrôle, la VI.

Bon passons aux hypothèses. Il y a deux types d’hypothèses, qui se formulent différemment : l’hypothèse théorique et l’hypothèse opérationnelle.

L’hypothèse théorique, c’est celle qui correspond à ce qu’on cherche. Ici, on peut la formuler comme ça : « les personnes prétendant voir les chakras pourront faire des descriptions plus fidèles que les personnes ne prétendant pas avoir cette faculté ».

Mais cette hypothèse théorique n’est pas assez précise pour pouvoir être testée dans un cadre expérimental ; il nous faut alors l’opérationnaliser, c’est-à-dire la reformuler en fonction de la méthodologie qu’on va utiliser pendant l’étude. Il faut qu’elle corresponde à ce qu’on va directement tester. Ici, on va donc formuler l’hypothèse opérationnelle ainsi : « Le nombre de descriptions retrouvées sera plus élevé pour le groupe chakra que pour le groupe contrôle ».

Bon, même si dans les faits il n’y a qu’une personne par groupe, je vais utiliser le terme de groupe, parce que c’est plus pratique de raisonner ainsi. Pour chacun d’entre eux, on va avoir un score qui correspond au taux de réussite, donc au nombre de descriptions reconnues, et ce nombre peut aller de 0 à 10.
Bon normalement, pour chaque groupe, on fait une moyenne des résultats et on calcule l’écart-type, qui est un indicateur de la répartition des valeurs autour de la moyenne. Bon, là vu qu’on a qu’un participant par groupe, on a pas besoin de les calculer. Ensuite, une fois qu’on a ces données, la moyenne, etc. on va pouvoir faire des tests statistiques, pour déterminer si la différence entre les deux groupes est significative.

Notons qu’on aurait très bien pu formuler les hypothèses autrement, : on aurait pu dire à l’inverse « On s’attend à ce que le taux de réussite soit plus faible », ou aussi « On s’attend à ce qu’il n’y ait pas de différence ».

Personnellement, si je devais parier, je le ferai plutôt pour cette dernière hypothèse : je m’attends à ce qu’il n’y ait pas de différence. Et je précise que ça ne veut pas dire que je souhaite qu’il n’y en ait pas, au contraire je serais très content d’être surpris.
Mais la situation qui me paraît la plus probable, ce serait du 2/10 dans chaque groupe, vu que 1/10 c’est le hasard, je m’attends à ce que les deux groupes fassent tous deux légèrement mieux que le hasard.

Pour autant, même lorsqu’on s’attend à ce qu’une expérience ne démontre pas de variations significatives, on va préférer les formulations positives ou négatives : du type « on s’attend à ce qu’il y en ait plus ou moins de ce qu’on mesure, dans tel ou tel groupe ». On évite généralement les formulations neutres, car elles correspondent à lhypothèse nulle (H0), celle qu’on adopte par défaut.

Cette hypothèse nulle, qu’on abrège H0, correspond à l’absence d’effet ou à l’inexistence des choses. L’absence d’une chose n’est pas évidente à démontrer, donc on ne peut pas vraiment la prouver, c’est pour ça qu’on la garde par défaut jusqu’à ce qu’on la rejette.
En statistique, c’est cette hypothèse nulle qu’on va mettre à l’épreuve, on va essayer de rejeter cette hypothèse nulle, ce qui reviendra à démontrer un effet, et sinon, on va conserver cette hypothèse tant qu’elle n’est pas rejetée.
Donc dans notre expérience, on va essayer d’invalider l’hypothèse nulle, qui serait H0 : il n’y a pas de différence. Et si on rejette cette hypothèse, on pourra confirmer l’hypothèse qu’il y a une différence H1 : il y a une différence entre les deux groupes, et tant qu’on y arrive pas, on garde l’hypothèse nulle par défaut.

Pour résumer, dans une étude scientifique, on cherche à démontrer que des choses existent, que des effets existent, et tant qu’on les a pas démontrés, on va se rabattre sur hypothèse qu’ils n’existent pas, avec évidemment, plus ou moins de doute sur cette inexistence selon les autres connaissances qu’on a sur le sujet.

Bon, revenons sur notre expérience : comme prévu, les descriptions ont été proposées aux personnes photographiées, avec également les descriptions faites par le groupe contrôle, qui ne prétendent pas avoir la faculté de voir les auras.

Évidemment, on va reparler des biais dans la troisième partie, pour éviter d’extrapoler les résultats de cette étude, mais je vais déjà évoquer une erreur que j’ai faite ici : Quand on fait une expérience de ce type, il faut bien veiller à ce que les personnes qui décrivent les photos ne connaissent pas celles qui sont sur les photos ; forcément parce que sinon ils pourraient décrire les gens en fonction de ce qu’ils connaissent déjà d’eux.
L’erreur que j’ai faite ici, c’est que la personne qui a fait les descriptions dans le groupe contrôle, avait pu avoir connaissance de deux personnes parmi les différentes personnes photographiées, ce qui est donc un énorme biais.

Ce qu’on a fait alors, c’est que les descriptions du groupe contrôle pour ces deux photos ont été écrites par une deuxième personne, qui n’avait aucune chance d’avoir déjà vu les visages présents sur les photos. Donc ici, je ne pense pas que ça ait pu nuire à l’expérience, mais il faut vraiment être vigilant là-dessus, ça pourrait vraiment ruiner une expérience.

On a donc deux personnes qui ont participé dans le groupe contrôle, mais qui comptent pour une, et j’en profite d’ailleurs pour grandement les remercier.

Au stade où j’en suis, toutes les descriptions sont faites, et je les ai envoyées aux personnes photographiées par message. Pour la moitié, j’ai envoyé d’abord les descriptions du groupe chakra puis celle du groupe contrôle, et pour les autres l’inverse, au cas où il y aurait un biais à cause duquel les gens réussiraient mieux à se retrouver dans la première série par exemple.


Différentes études ont déjà montré des biais de primauté par exemple, c’est-à-dire qu’on va considérer différemment les informations suivant l’ordre dans lesquelles on les reçoit.
Si j’avais fait les choses de manière optimale, j’aurais dû donner les descriptions dans un ordre différent aux 10 personnes, mais par simplicité j’ai juste un peu inversé, de sorte à ce que moi-même je ne sache pas quelles descriptions sont les bonnes pour les personnes. Donc quand une personne me dit “je pense que c’est la 4, mais j’hésite avec la 6”, je ne sais pas laquelle est la bonne, donc je risque moins de l’influencer sans le vouloir.

D’ailleurs, vous vous demandez peut-être : mais qu’est-ce qu’il y a marqué dans ces descriptions ? Eh bien voilà quelques exemples de descriptions faites par la personne du groupe Chakra :

-Je vois une personne qui fait tout pour rester stable. Quelqu’un qui fait de son mieux pour avancer sereinement dans sa vie. Je vois une personne qui donne l’impression d’être sûre d’elle, mais au fond elle se sent faible et a l’impression de perdre son équilibre. Il y a une tristesse cachée par la joie. Mais elle n’est pas malheureuse dans la vie. Quelque chose du passé qu’elle essaye d’étouffer”.
“-Une personne très intelligente, avec beaucoup d’idées. Elle peut être aussi innovatrice, par moments. Si elle se fait assez confiance. Je vois du monde autour d’elle. Très bien entourée. Elle aime le sport (courir ?). C’est quelqu’un qui est dans la joie ou rend les autres joyeux (ou les deux). Elle est dans la pensée positive aussi”.
“-Je vois une personne joyeuse, elle aime la vie. Mais je vois aussi de la tristesse, des traumatismes du passé, mais elle essaye de cacher sa tristesse. Très belle âme. Elle fait de son mieux pour que tout se passe bien dans chaque situation. Elle ne veut pas blesser les autres, donc parfois, elle s’oublie elle-même. Elle n’ose pas dire ce qu’elle pense”.

 Pour le groupe contrôle, on a le même style de phrases.
Ces descriptions, je les ai toutes mises au féminin, pour les accorder avec le mot “personne”, pour, évidemment, que les pronoms genrés ne permettent pas de deviner. Et quand il y avait des termes du genre “jeune maman”, j’ai mis papa /slash/ maman.

Voilà pour cette deuxième partie, on se retrouve de suite pour la troisième et dernière.

PARTIE 3 : LES RÉSULTATS :


On en vient enfin à la partie des résultats ! Est-ce que les personnes photographiées ont reconnu leur description parmi les deux séries de 10 ?

Alors dans le groupe chakra, où les descriptions étaient faites par une personne disant voir les auras, le nombre de personnes ayant retrouvé leur description est de… 2 ! (Groupe Chakra : 2/10) Et en comparaison, dans le groupe contrôle, on en a… également 2 ! (Groupe contrôle : 2/10).
Donc on observe deux choses : les résultats sont légèrement au-dessus du hasard, et il n’y a pas de différences entre les deux groupes.

Bon, à la base je pensais que dans l’analyse des résultats, on ferait l’analyse statistique, pour voir si la différence qu’on observe est significative, c’est-à-dire, est-ce que la différence est probablement due au hasard, ou est-ce qu’on a une réelle différence. Mais vu qu’il n’y a pas de différences (et de toute manière l’échantillon est trop petit), forcément, on ne va pas faire de stats. C’est pas grave, on fera ça pour une prochaine expérience.

Bon, je le répète, mais il ne faut pas surinterpréter les résultats, l’échantillon est vraiment petit. Il n’y a eu qu’une seule personne dans le groupe chakra, et il y a d’autres biais qu’on verra ensuite. De plus, une seule étude n’est jamais suffisante. Donc les résultats ne montrent pas de différence, mais ce n’est pas une preuve que les chakras n’existent pas.
Et ce n’est pas non plus une preuve qu’il est impossible de décrire des photos grâce à l’observation des auras. En revanche, ça peut au moins nous montrer qu’il est possible de penser pouvoir décrire des personnes sans le faire mieux que des gens qui ne disent pas voir les chakras.

Bien qu’ils ne soient pas représentatifs – les résultats ne sont pas très surprenants, ils sont cohérents avec ce qu’on pouvait attendre au vu de ce qu’on connaît en physique et en psychologie. Pour interpréter les résultats, on peut raisonnablement donner un certain crédit à l’hypothèse que « décrire des gens, ce n’est pas facile, mais des déductions permettent de faire un peu mieux que du simple hasard », et que « l’impression de voir les chakras des gens reposent aussi sur des déductions sur l’apparence.
Et attention, je ne dis pas que cette hypothèse est la vraie, je dis que c’est celle qui me semble la plus probable compte tenu des informations que j’ai sur le sujet. Mais je suis prêt à recommencer l’expérience pour essayer de changer d’avis là-dessus. Et tant qu’à refaire une expérience, autant en faire une qui soit meilleure que celle qu’on a faite ici, on va donc parler des biais de l’étude et voir qu’est-ce qu’on pourrait améliorer.

LES BIAIS

Les biais, ils doivent nous amener à ne pas nous fier à une unique étude, mais à reproduire l’expérience, plusieurs fois, avec différentes personnes et surtout, beaucoup de personnes. Sur l’échantillon, on a d’ailleurs un premier biais assez évident : 1 personne dans chaque groupe, ce n’est pas suffisant… C’est un euphémisme, il nous faudrait des échantillons beaucoup plus grands pour pouvoir vraiment conclure quelque chose.
Ensuite, on pourrait également se demander, est-ce que la personne du groupe chakra était en bonne forme ce jour-là ? Peut-être que ce n’était pas représentatif de ce qu’elle arrive à faire habituellement ? Et peut-être aussi que d’autres personnes disant voir les chakras pourraient obtenir un meilleur résultat ?
Ou encore, moi j’avais déjà un protocole que j’ai proposé, mais j’aurai pu construire le protocole avec la personne pour m’assurer que les conditions pour qu’elles réussissent soient réunies, c’est comme ça que procède l’observatoire zététique par exemple. Procéder comme ça évite que l’expérience ne soit pas conforme à ce que la personne peut faire, et qu’elle nous dise que si l’expérience n’a pas marché, c’est parce que les conditions n’étaient pas adéquates.

Dans les articles scientifiques, l’analyse des résultats, les limites de l’étude, ce qu’on pourrait améliorer dans de prochaines expériences, etc. ça va dans la partie qu’on appelle la discussion. C’est une partie vraiment importante, parce que réfléchir aux limites de l’étude, c’est ça qui nous évite de surinterpréter, et donc de croire à des choses pour lesquelles on aurait pourtant pas suffisamment de raisons d’y croire.

Un biais qu’on pourrait aussi questionner, c’est est-ce que la croyance dans les chakras influent sur les résultats ? Peut-être que les gens trop matérialistes ne voudraient pas que l’expérience fonctionne et donc, inconsciemment, ne choisirait pas la bonne réponse. Bon ça me paraît peu probable, mais j’ai considéré cette idée. Donc j’ai demandé aux personnes photographiées d’évaluer leur degré de croyance dans la possibilité de décrire les gens à travers des photos et dans le fait que chakras existent. Je leur ai demandé, sur une échelle de 1 à 7 (avec 1 : j’y crois pas du tout et 7 : j’y crois beaucoup) (on appelle ce type d’échelle une échelle de Likert), de répondre aux questions suivantes :
à quel point vous pensez que l’expérience peut montrer une faculté à décrire les personnes à partir de leur photo ?
– à quel point vous pensez que les chakras peuvent exister (et expliquer une faculté à décrire des photos) ?
Et à ce niveau, nos 10 personnes ne croient pas des masses aux chakras. Sur les 10, 7 ont répondu 1 à la question l’existence des chakras. Et est-ce que les personnes qui ont retrouvé leurs descriptions ont des scores plus élevés sur ces deux questions ? Eh bien… légèrement plus, mais rien de statistiquement significatif.

Et à ce niveau, nos 10 personnes ne croient pas des masses aux chakras. Sur les 10, 7 ont répondu 1 à la question l’existence des chakras. Et est-ce que les personnes qui ont retrouvé leurs descriptions ont des scores plus élevés sur ces deux questions ? Eh bien… légèrement plus, mais rien de statistiquement significatif.Pour de prochaines études, on peut aussi proposer de nouveaux protocoles : par exemple, on peut comparer la congruence des descriptions. Ou alors – puisque selon la personne qui a participé à l’expérience – ça ne marcherait qu’avec des photos récentes, on pourrait aussi tenter une expérience avec des photos récentes et d’autres plus vieilles pour voir s’il y a une différence. Est-ce que la personne arrive à reconnaître une photo qui date de plusieurs jours ? Ou même, on pourrait utiliser des photos de personnes fictives, comme l’a fait G Milgram dans sa vidéo sur le healy.

Et si vous-mêmes vous affirmez voir les chakras ou que vous connaissez des personnes dans ce cas, n’hésitez vraiment pas à me contacter pour recommencer l’expérience en l’améliorant. Et si vous-mêmes, vous êtes prêts à répliquer l’expérience de votre côté, je vous encourage vivement.

D’ailleurs pour encore accentuer l’importance de répliquer les études, il pourrait aussi y avoir un biais de ma part : est-ce que je ne me suis pas planté avec les données ? Est-ce que j’ai triché ? Personne n’a vérifié ça. C’est encore une raison pour laquelle la réplication des études est importante. Si jamais une expérience obtient un résultat extraordinaire mais que personne n’arrive à le reproduire, mieux vaut ne pas trop en tenir compte et considérer que c’était du hasard.

Et je précise à nouveau que ce type d’expérience ne permet pas de prouver l’existence des chakras, mais la faculté à décrire des photos. Si vous avez des idées de protocole pour directement tester l’existence des chakras, n’hésitez pas à les partager en commentaires, de même que toutes suggestions pour améliorer l’expérience.

Merci beaucoup à tous les gens qui ont participé à l’expérience !

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Script de la précédente vidéo sur l’introduction à la Démarche Scientifique :
https://mangayoh.kher.nl/scripts-videos/introduction-a-la-demarche-scientifique/

Définition :
Scepticisme et zététique | Épistémax :
https://epistemax.com/scepticisme/zetetique/
Qu’est-ce que la zététique | Jean-Michel Abrassart – Scepticisme Scientifique : https://www.youtube.com/watch?v=sKnN9_SUDBs
Qu’est-ce que la zététique | Professeur Z :
https://www.youtube.com/watch?v=VvBXaBaiWeg

Effet Barnum :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Barnum

La chaîne d’Hygiène Mentale :
https://www.youtube.com/c/Hygi%C3%A8neMentale/videos

Son épisode sur l’astrologie :
https://www.youtube.com/watch?v=uG2PcA3Ynt0
Études sur l’astrologie citées dans sa vidéo :
https://muller.lbl.gov/papers/Astrology-Carlson.pdf
https://www.semanticscholar.org/paper/Is-astrology-relevant-to-consciousness-and-psi-Dean-Kelly/2bb2d5658e1eff0f151a41a25b02b3b5027673b8?p2df

Explication sur les hypothèses statistiques / les hypothèses nulles | Le biostatisticien :
https://www.youtube.com/watch?v=yaaiSiKtxMY

G Milgram sur l’arnaque du healy :
https://www.youtube.com/watch?v=4fT-AZeVn1g